Produits laitiers et cancer du sein : pourquoi les scientifiques s’intéressent à leur transformation ?

Une question qui reste ouverte

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes dans le monde. Depuis de nombreuses années, les chercheurs cherchent à comprendre dans quelle mesure notre alimentation peut influencer son apparition ou son évolution.

Les produits laitiers, lait, yaourts, fromages, beurre ou desserts lactés, font partie des aliments les plus étudiés. Pourtant, les résultats des recherches sont loin d’être unanimes : certaines études suggèrent un effet protecteur, d’autres ne montrent aucun effet particulier, tandis que quelques-unes évoquent une augmentation du risque selon les produits consommés.

Comment expliquer ces résultats parfois contradictoires ?

Tous les produits laitiers ne se ressemblent pas

Sous le terme « produits laitiers » se cachent en réalité des aliments très différents.

Un lait frais, un yaourt fermenté, un fromage affiné ou un dessert ultra-transformé n’ont ni la même composition, ni la même histoire de fabrication.

Les procédés utilisés par l’industrie agroalimentaire, chauffage, séchage, fermentation, conservation ou stockage, modifient la composition des aliments et peuvent faire apparaître de nouvelles molécules absentes du produit d’origine. Ces procédés peuvent aussi détruire ou modifier des molécules actives présentes dans le produit d’origine.

Cette diversité est rarement prise en compte dans les grandes études nutritionnelles.

Quand la transformation crée de nouvelles molécules

L’un des principaux messages de cette revue est que la transformation des aliments contenant du cholestérol peut conduire à la formation de molécules appelées 5,6-époxycholestanols.

Ces composés sont produits lors de phénomènes d’oxydation pouvant survenir pendant certains procédés technologiques ou au cours de la conservation des aliments.

Une fois ingérés, ils sont absorbés par l’intestin, passent dans la circulation sanguine puis sont transformés par notre organisme en plusieurs métabolites biologiquement actifs.

C’est probablement cette étape de métabolisme chez l’Homme, encore très peu étudiée, qui pourrait jouer un rôle important.

Des métabolites aux effets opposés

Les recherches expérimentales montrent que ces métabolites ne possèdent pas tous les mêmes propriétés.

L’un d’eux, appelé Oncostérone (OCDO), favorise la croissance de tumeurs mammaires dans plusieurs modèles expérimentaux.

À l’inverse, un autre métabolite naturel, la Dendrogénine A (DDA), présente des propriétés antitumorales dans ces mêmes modèles.

L’équilibre entre ces différentes voies métaboliques pourrait donc influencer les effets biologiques observés après consommation de certains aliments.

Les produits fermentés : un profil particulier

Les produits fermentés, comme les yaourts, les kéfirs ou certains fromages, semblent généralement associés à un profil plus favorable.

La fermentation modifie naturellement la composition des aliments et favorise le développement de micro-organismes susceptibles d’interagir avec le microbiote intestinal.

Plusieurs études épidémiologiques rapportent ainsi des effets neutres, voire protecteurs, des produits fermentés vis-à-vis du cancer du sein, même si les mécanismes restent encore mal compris.

Ce que l’on sait… et ce que l’on ne sait pas

Il est important de souligner qu’aucune étude n’a démontré que les molécules produites lors de la transformation des produits laitiers provoquent un cancer du sein chez l’être humain.

Les travaux actuels reposent principalement sur des études expérimentales et sur des données épidémiologiques parfois contradictoires.

De nombreuses questions restent ouvertes :

  • quelles quantités de ces molécules sont réellement présentes dans les aliments ?
  • comment varient-elles selon les procédés de fabrication ?
  • quelle est leur absorption chez l’Homme ?
  • quels métabolites sont effectivement produits dans notre organisme ?

Répondre à ces questions constitue désormais un enjeu majeur de la recherche.

À retenir

  • Tous les produits laitiers ne sont pas identiques.
  • Leur transformation peut modifier leur composition chimique.
  • Certains procédés peuvent générer des **5,6-époxycholestanols**, ensuite métabolisés chez l’Homme en composés biologiquement actifs.
  • Ces métabolites peuvent avoir des effets opposés, certains étant associés expérimentalement à des effets pro-tumoraux, d’autres à des effets antitumoraux.
  • Aucune relation de cause à effet n’est aujourd’hui démontrée entre la consommation de produits laitiers et le cancer du sein chez l’être humain.

Pour en savoir plus :

  • L’article original (en Anglais)
    Adv Nutr. 2026 Jun 15:100682. doi: 10.1016/j.advnut.2026.100682. Online ahead of print.
    Dairy Processing and Breast Cancer: A Hypothesis-Generating Framework Linking Bioactive Lipid Derivatives to Epidemiological Heterogeneity
    Silia Ayadi, Julio Buñay, Chloé Gressein, Laly Pucheu, Ben Allal, Philippe de Médina, Sandrine Silvente-Poirot, Marc Poirot
  • La page de l’équipe de recherche INOV 

La synthèse en image :

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Centre de Recherches en Cancérologie de Toulouse
Préambule

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