Comprendre et combattre le cancer du sein : les recherches du CRCT
Comprendre et combattre le cancer du sein : les recherches du CRCT
Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme : en France, plus de 60 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. Si 80 % surviennent après 50 ans, un cas sur cinq concerne des femmes jeunes, souvent touchées par des formes particulièrement agressives. Malgré des avancées majeures, il reste la première cause de mortalité par cancer chez la femme.
Au CRCT, plusieurs équipes mènent des projets complémentaires pour mieux comprendre la maladie et développer des traitements innovants, avec une attention particulière portée au cancer du sein triple négatif, l'une des formes les plus difficiles à traiter.
- OncoBreast : comprendre et contrer la résistance cellulaire.
- DynAct : révéler le rôle des lymphocytes TRM dans la réponse aux traitements.
- INOV : exploiter le métabolisme du cholestérol pour développer de nouvelles thérapies.
- MelaSphinx : cibler le métabolisme des lipides pour augmenter l'efficacité de l'immunothérapie.
Des approches différentes, mais une même ambition : transformer les découvertes scientifiques en applications concrètes pour les patientes et faire progresser la médecine personnalisée contre le cancer du sein.
Déjouer la résistance cellulaire
L'équipe OncoBreast a développé une technique innovante nommée ESPRESSO (Environmental Sensors Phenotyping RElayed by Subcellular Structures and Organelles). Combinant microscopie avancée, outils chimiques et intelligence artificielle, elle permet d'observer les « mini-organes » à l'intérieur des cellules et de suivre leurs changements en temps réel.
Cette technologie a été mise au point sur des lignées cellulaires au laboratoire, et les premières données montrent qu'elle est applicable à des tissus tumoraux provenant de patientes. L'équipe développe désormais des programmes de recherche pour affiner, grâce à cet outil, le pronostic des cancers et la compréhension des mécanismes de résistance à certains médicaments antitumoraux. Elle axe plus particulièrement ses recherches sur les cancers du sein triple négatifs (CSTN), qui concernent environ 9 000 femmes chaque année en France, souvent jeunes.
Ces travaux visent à affiner le diagnostic et le pronostic des patientes afin de guider des traitements personnalisés. À moyen terme, l'équipe souhaite détecter très tôt les risques de récidive grâce à des marqueurs précis. À plus long terme, elle ambitionne de créer un « atlas des organites du cancer du sein », cartographiant la diversité des cellules tumorales pour soutenir le développement de thérapies ciblées et innovantes.
Début 2026, l'équipe a lancé le protocole clinique « ESPRESSO Breast », mis en place par l'Oncopole Claudius Regaud. Ce protocole prévoit d'inclure jusqu'à 1 050 patientes sur cinq ans. Son objectif : étudier le rôle des organites dans les cellules cancéreuses et dans celles du microenvironnement tumoral. Les données recueillies serviront à améliorer la classification, le diagnostic et le choix des traitements pour l'ensemble des sous-types de cancer du sein.
L'une des premières étapes de la dissémination métastatique du cancer du sein est le moment où des cellules quittent la tumeur pour envahir le tissu qui l'entoure. Pour mieux comprendre ce processus, Lorenzo Scipioni a contribué au développement d'une approche d'imagerie multimodale appliquée à des sphéroïdes : de petits modèles tumoraux en 3D, plongés dans une matrice de collagène qui imite l'environnement de la tumeur. Leur modèle compare des cellules de cancer du sein triple négatif à des cellules mammaires non tumorigènes.
En combinant plusieurs techniques de microscopie sur un même sphéroïde, les chercheurs suivent en parallèle, au fil du temps, le métabolisme des cellules, leurs réserves de lipides et l'organisation des fibres de collagène. Ils ont ainsi pu observer et mesurer comment les cellules cancéreuses adaptent leur comportement lorsque leur environnement change.
L'équipe OncoBreast du CRCT est spécialisée dans l'étude des mécanismes de résistance aux thérapies du cancer du sein. Elle développe des approches de microscopie avancée pour analyser des systèmes biologiques complexes : lignées cellulaires, sphéroïdes, tissus de patientes, sang.
→ En savoir plus sur l'équipe OncoBreastExplorer le rôle du système immunitaire
Lorsqu'un cancer du sein triple négatif est diagnostiqué à un stade précoce (stade 2, 3), son traitement repose le plus souvent sur une combinaison de chimiothérapie et d'immunothérapie avant la chirurgie, suivie d'une radiothérapie.
L'équipe DynAct étudie les caractéristiques précises de lymphocytes T tueurs (des cellules du système immunitaire) présents à proximité des cellules tumorales : les lymphocytes T mémoire résidents (TRM). Pour cela, l'équipe a développé un outil permettant de visualiser et d'analyser jusqu'à 18 marqueurs sur une seule coupe de tissu tumoral. Les premières analyses portent sur 10 patientes présentant des structures lymphoïdes tertiaires (TLS), sortes de mini-ganglions qui orchestrent la réponse immunitaire.
Ces analyses montrent que les TRM forment une population hétérogène, dont une partie se situe à proximité des TLS. Comprendre le rôle de ces TRM nécessite des outils d'analyse d'images automatisés puissants, actuellement en cours de développement.
L'équipe espère à terme découvrir quelle est la fonction des TRM au niveau des TLS, quel est l'impact de l'immunothérapie sur ces cellules et orienter vers une médecine plus personnalisée.
L'équipe DynAct, pluridisciplinaire, explore de nouvelles stratégies permettant de contourner la résistance des cellules tumorales à l'attaque des lymphocytes T cytotoxiques (CTL). L'équipe a approfondi l'étude de la synapse lytique entre les CTL et leurs cibles tumorales sous différents aspects.
→ En savoir plus sur l'équipe DynActCibler le métabolisme du cholestérol
L'équipe INOV étudie comment le métabolisme du cholestérol peut être détourné par les cellules cancéreuses et comment ces mécanismes peuvent être exploités pour développer de nouvelles stratégies thérapeutiques. Ses recherches visent notamment à identifier de nouvelles cibles, à améliorer l'efficacité des traitements et à comprendre les interactions entre métabolisme tumoral et système immunitaire.
L'équipe a découvert une nouvelle voie de transformation du cholestérol conduisant notamment à deux molécules aux effets opposés :
- La dendrogénine A (DDA) : ce métabolite naturel du cholestérol, présent dans les tissus sains, possède des propriétés antitumorales. Il agit directement sur les cellules cancéreuses mais peut également stimuler la réponse immunitaire contre la tumeur, ouvrant de nouvelles perspectives en immuno-oncologie.
- L'oncostérone (OCDO) : à l'inverse, ce métabolite favorise la prolifération des cellules cancéreuses et la croissance tumorale. L'équipe développe des stratégies permettant de bloquer sa production ou ses effets.
Ces découvertes ont permis d'identifier le métabolisme du cholestérol comme une source de nouvelles cibles thérapeutiques et ont donné lieu à plusieurs brevets et publications scientifiques. La DDA fait notamment l'objet d'un développement en immuno-oncologie.
Perspectives : développer des médicaments capables de rétablir un métabolisme du cholestérol défavorable à la tumeur, bloquer la voie de l'OCDO et exploiter la DDA et ses mécanismes d'action pour renforcer la réponse immunitaire contre le cancer.
Les cellules cancéreuses communiquent avec leur environnement en libérant de minuscules vésicules appelées exosomes, capables de moduler la réponse immunitaire. L'équipe INOV a découvert que la dendrogénine A (DDA), un métabolite naturel du cholestérol aux propriétés antitumorales, peut reprogrammer ces vésicules et les rendre immunostimulantes.
La DDA augmente notamment leur teneur en BMP, un lipide qui joue un rôle déterminant dans leur activité antitumorale. Les exosomes enrichis en BMP sont captés par les cellules dendritiques, dont ils favorisent la maturation et la capacité à activer les lymphocytes T. À l'inverse, bloquer le BMP suffit à supprimer cette réponse immunitaire et l'activité antitumorale de ces vésicules.
Ces travaux, qui incluent un modèle de cancer du sein triple négatif, révèlent ainsi une nouvelle connexion entre métabolisme du cholestérol, communication intercellulaire et immunité antitumorale. Ils montrent également que les exosomes induits par la DDA peuvent renforcer l'efficacité d'une immunothérapie anti-PD-1 dans un modèle préclinique, ouvrant la perspective d'associer à terme des stratégies ciblant le métabolisme tumoral aux inhibiteurs de checkpoints immunitaires.
Forte de plus de 90 brevets internationaux et de nombreuses publications scientifiques, l'équipe INOV poursuit un objectif constant : transformer les découvertes fondamentales sur le métabolisme du cholestérol en nouvelles approches de prévention et de traitement du cancer. Ce travail bénéficie du soutien précieux des institutions et des associations ELLES, J'Y V, Orange Care et URAFIKI JUU.
→ En savoir plus sur l'équipe INOVUne nouvelle piste thérapeutique contre le cancer du sein triple négatif
Malgré des progrès récents, certaines patientes atteintes d'un cancer du sein triple négatif ne répondent pas au traitement proposé et développent des effets secondaires. Il est donc important d'identifier les mécanismes de résistance à l'immunothérapie et à la chimiothérapie, afin de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques plus efficaces et mieux tolérées.
Céline Colacios, chercheuse au sein de l'équipe MelaSphinx, explore le rôle de certains lipides appelés sphingolipides, qui peuvent agir comme des « mauvais » régulateurs en influençant l'agressivité tumorale, l'immunité et la réponse aux traitements. L'enzyme ELOVL1, impliquée dans la production de ces « mauvais » lipides, est une cible prometteuse : elle est augmentée dans le CSTN par rapport aux autres types de cancer du sein et au tissu mammaire sain, et les patientes qui l'expriment fortement ont un plus mauvais pronostic. Cette expression d'ELOVL1 est plus particulièrement augmentée dans un sous-type de CSTN caractérisé par une réponse immunitaire immunosuppressive et une mauvaise réponse à l'immunothérapie.
L'équipe a montré que l'inhibition d'ELOVL1 permet de diminuer l'agressivité des cellules cancéreuses, d'augmenter la réponse immunitaire antitumorale et d'améliorer l'efficacité de l'immunothérapie et de la chimiothérapie dans des modèles précliniques.
Ces travaux, soutenus par la Ligue contre le cancer de Haute-Garonne, Inserm Transfert et le Cancéropôle GSO, ont donné lieu au dépôt d'une demande de brevet européen portant sur l'utilisation d'inhibiteurs d'ELOVL1 pour augmenter l'efficacité de la chimiothérapie et de l'immunothérapie dans le CSTN : une étape importante pour faire évoluer ces résultats de recherche vers de futures applications pour les patientes.
L'équipe MelaSphinx étudie les rôles des sphingolipides et du TNF dans la progression tumorale et la résistance à l'immunothérapie. Grâce à des collaborations étroites entre chercheurs et cliniciens, elle ambitionne de transférer ses résultats scientifiques vers la clinique, afin d'identifier de nouveaux biomarqueurs permettant de prédire la réponse aux immunothérapies et de proposer des traitements adaptés aux patients.
→ En savoir plus sur l'équipe MelaSphinx
Centre de Recherches contre le Cancer de Toulouse (Oncopole)
Toulouse – FR
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