L'immunothérapie a profondément transformé la prise en charge de nombreux cancers ces vingt dernières années. En réactivant ou renforçant les défenses naturelles du patient, elle ouvre des perspectives inédites, y compris pour des cancers longtemps considérés comme incurables.
Mais elle ne fonctionne pas pour tous les patients, ni pour tous les cancers. Certaines tumeurs développent des mécanismes pour échapper au système immunitaire. C'est précisément là qu'intervient la recherche fondamentale : comprendre ces mécanismes pour mieux les contourner.
L'immunothérapie, en quelques motsLe système immunitaire dispose de cellules capables de repérer et détruire les cellules anormales, dont les cellules cancéreuses. Mais les tumeurs développent souvent des stratégies pour se rendre invisibles ou pour bloquer cette réponse immunitaire.
Contrairement à la chimiothérapie, qui attaque directement les cellules tumorales, l'immunothérapie agit différemment : elle réactive ou renforce les défenses naturelles du patient pour que son propre système immunitaire reconnaisse et détruise les cellules cancéreuses. Elle regroupe plusieurs approches :
Des approches complémentaires, de la dynamique moléculaire de la synapse immunologique à la modélisation computationnelle du microenvironnement tumoral, en passant par les essais cliniques.
Immunité anti-tumorale et immunothérapie
Maha Ayyoub & Jean-Pierre DelordL'équipe T2i s'intéresse aux lymphocytes T capables de reconnaître les cellules tumorales, à leur diversité et à leur spécificité, ainsi qu'aux mécanismes qui contrôlent leur activation ou leur épuisement au cours du développement des cancers. Ces cellules immunitaires jouent un rôle central dans la surveillance des tumeurs et dans l'efficacité des immunothérapies. L'équipe développe une approche intégrée combinant recherche fondamentale, translationnelle et clinique afin de mieux comprendre comment ces lymphocytes T se développent, fonctionnent et peuvent être mobilisés à des fins thérapeutiques.
L'objectif principal de l'équipe est de décrypter les mécanismes qui gouvernent les réponses des lymphocytes T spécifiques des tumeurs, notamment l'épuisement fonctionnel, l'immunité spécifique des tissus et la reconnaissance des antigènes tumoraux, afin d'identifier de nouveaux biomarqueurs de réponse et de développer des immunothérapies innovantes.
Les travaux de l'équipe s'organisent autour de trois axes complémentaires :
- comprendre le lien entre l'épuisement des lymphocytes T et leur capacité à reconnaître les tumeurs, ainsi que son impact sur l'évolution clinique et la réponse aux traitements ;
- étudier le rôle de l'immunité spécifique des tissus, en particulier celle dérivée de l'intestin, dans le contrôle des tumeurs à distance ;
- analyser la contribution des lymphocytes T spécifiques des antigènes tumoraux à l'efficacité des immunothérapies.
Oncogénomique et immunologie du myélome
Ludovic MartinetL'équipe GENIM combine oncogénomique et immunologie pour décrypter les mécanismes de surveillance immunitaire dans les hémopathies malignes, en particulier le myélome multiple. Ses travaux cherchent à comprendre comment le système immunitaire détecte, ou échoue à détecter, les cellules cancéreuses, et comment l'immunothérapie peut restaurer cette vigilance.
Parmi les axes explorés : le rôle des cellules Natural Killer (NK) et leur niveau de maturité comme facteur pronostique indépendant. Une récente publication issue des données de l'essai clinique IFM2009 montre que l'immaturité des cellules NK et l'expression de NKp30 sont positivement corrélées à l'issue clinique des patients atteints de myélome multiple.
Métabolisme du céramide dans le mélanome
Bruno Ségui & Nathalie AndrieuL'équipe MELASPHINX explore le rôle du métabolisme des sphingolipides, en particulier des céramides, dans la réponse immunitaire anti-tumorale et la résistance aux immunothérapies dans le mélanome. Cette voie métabolique, longtemps sous-étudiée en oncoimmunologie, apparaît comme un régulateur clé de la sensibilité des tumeurs aux inhibiteurs de points de contrôle immunitaire.
L'équipe est impliquée dans l'étude clinique Immusphinx dont l'objectif est d'identifier une signature sphingolipidique prédictive de la résistance des patients atteints de mélanome avancé aux immunothérapies.L'équipe est aussi impliquée dans l'étude clinique MELANFα, qui a analysé la signature TNF chez des patients atteints de mélanome avancé traités par inhibiteurs de points de contrôle. Les résultats, publiés en 2025, permettent d'identifier des biomarqueurs prédictifs de réponse et ouvrent des pistes pour mieux sélectionner les patients éligibles à ces traitements.
Dynamique moléculaire des interactions lymphocytaires
Salvatore ValituttiCoordinateur de l'Axe Oncoimmunologie du CRCT, Salvatore Valitutti dirige une équipe qui étudie à l'échelle moléculaire la dynamique des interactions entre cellules immunitaires et cellules cancéreuses. Au cœur de ces travaux : la synapse immunologique, cette zone de contact entre un lymphocyte T et une cellule cible, dont la dynamique détermine en grande partie l'efficacité de l'attaque immunitaire.
L'équipe s'intéresse également aux interactions entre différentes populations immunitaires au sein du microenvironnement tumoral. Des travaux récents en collaboration avec NoLymIT ont mis en évidence le rôle des mastocytes dans la promotion des cellules Th17 inflammatoires et l'inhibition des cellules régulatrices Treg, via deux médiateurs inflammatoires, l'IL-1β et la PGE2, un mécanisme avec des implications directes pour les immunothérapies.
Network Biology for Immuno-oncology
Vera PancaldiL'équipe NetB(IO)² apporte une dimension computationnelle unique à l'oncoimmunologie. En mobilisant la théorie des réseaux et la modélisation mathématique, elle cartographie les interactions entre cellules immunitaires et cellules tumorales au sein du microenvironnement tumoral, avec un objectif central : prédire quels patients répondront à l'immunothérapie, et comprendre pourquoi d'autres y résistent.
Cette approche permet d'intégrer des données biologiques de grande complexité pour identifier des signatures cellulaires et moléculaires à valeur prédictive, complémentaires aux biomarqueurs cliniques classiques.
Nouvelles immunothérapies contre les lymphomes
Camille LaurentL'équipe NoLymIT développe et évalue de nouvelles stratégies immunothérapeutiques pour les lymphomes B. Ses travaux couvrent plusieurs fronts : l'analyse du microenvironnement tumoral des lymphomes, l'identification de marqueurs prédictifs de réponse, et l'évaluation clinique de nouvelles molécules — notamment les anticorps bi-spécifiques.
En 2026, Marcoux et al. ont publié dans Blood une étude utilisant des sphéroïdes de lymphomes dérivés de patients pour modéliser la réponse au glofitamab dans les lymphomes B agressifs en rechute ou réfractaires. Les auteurs identifient des signatures du microenvironnement immunitaire associées à la résistance au traitement, ouvrant la voie au développement de biomarqueurs prédictifs de réponse.