Cholestérol : des chercheurs toulousains identifient une nouvelle famille de molécules impliquées dans le cancer et le vieillissement
Des chercheurs toulousains mettent en lumière une nouvelle famille de molécules issues du cholestérol, capables d’influencer la santé de manière très différente. Certaines favoriseraient le développement de maladies, tandis que d’autres pourraient au contraire protéger l’organisme.
Des chercheurs du Centre de Recherche en Cancérologie de Toulouse viennent de mettre en évidence une nouvelle famille de molécules dérivées du cholestérol, jusque-là jamais définie comme telle. Baptisées « époxycholestanoïdes » (EChA), ces molécules pourraient jouer un rôle majeur dans le vieillissement, l’inflammation, les maladies neurodégénératives et certains cancers. Le cholestérol est surtout connu pour son implication dans les maladies cardiovasculaires. Mais les scientifiques découvrent aujourd’hui qu’il est aussi à l’origine d’un ensemble beaucoup plus complexe de molécules biologiquement actives.
Dans une revue publiée dans la revue scientifique Progress in Lipid Research, les chercheurs toulousains proposent pour la première fois une définition unifiée des époxycholestanoïdes. Jusqu’à présent, ces composés étaient étudiés séparément ou considérés comme de simples produits secondaires du métabolisme du cholestérol. Leur travail suggère au contraire que ces molécules forment une véritable famille biologique organisée, dotée de fonctions spécifiques et capable d’influencer profondément le comportement des cellules.
Quand le cholestérol se transforme
Dans notre organisme, le cholestérol n’est pas une molécule figée. Sous l’effet de réactions chimiques liées notamment au stress oxydatif, un phénomène favorisé par le vieillissement, l’inflammation ou certaines agressions environnementales, il peut se transformer en plusieurs dérivés. Parmi eux figurent les époxycholestanoïdes. Longtemps considérés comme de simples sous-produits sans grande importance, ils apparaissent aujourd’hui comme de véritables acteurs biologiques capables d’envoyer des signaux aux cellules. Les chercheurs apportent des arguments en faveur de l’existence d’une famille cohérente, dotée de fonctions spécifiques et d’un métabolisme organisé.
Deux voies, deux destins opposés
L’un des résultats les plus marquants de cette recherche est l’existence de deux grandes voies biologiques issues de ces dérivés du cholestérol. La première conduit à la formation d’une molécule appelée OCDO, parfois surnommée « oncostérone ». Cette substance active certains mécanismes cellulaires favorisant la multiplication des cellules et la progression de tumeurs. Des concentrations élevées d’OCDO ont notamment été observées dans plusieurs types de cancers. La seconde voie mène à la production d’une molécule nommée dendrogénine A (DDA). Celle-ci semble au contraire exercer des effets protecteurs. Les travaux réalisés jusqu’à présent montrent qu’elle peut freiner la croissance tumorale, favoriser la différenciation cellulaire, un processus essentiel au bon fonctionnement des tissus, et stimuler certaines fonctions du système nerveux. Autrement dit, à partir d’un même point de départ, le cholestérol peut donner naissance à des molécules aux effets radicalement opposés : certaines favoriseraient le développement de maladies, tandis que d’autres contribueraient à la protection de l’organisme.
Un lien étroit avec l’inflammation
Les scientifiques soulignent également que ces transformations sont fortement influencées par l’état inflammatoire du corps. Lorsque les cellules sont soumises à un stress oxydatif important, comme c’est souvent le cas dans les maladies chroniques ou avec l’avancée en âge, la production des dérivés associés aux effets délétères tend à augmenter. À l’inverse, certaines conditions biologiques semblent favoriser la formation des molécules protectrices. Cette découverte renforce l’idée que l’inflammation chronique joue un rôle central dans de nombreuses maladies modernes, qu’il s’agisse du cancer, des maladies cardiovasculaires ou encore de certaines pathologies neurodégénératives.
Une piste pour de nouveaux traitements
L’intérêt de cette découverte ne se limite pas à une meilleure compréhension du fonctionnement du corps humain. Les chercheurs envisagent déjà plusieurs applications médicales. La première concerne le diagnostic. Les époxycholestanoïdes pourraient devenir de nouveaux biomarqueurs permettant de détecter plus précocement certaines maladies ou d’évaluer leur évolution. La seconde touche au traitement. Si les scientifiques parviennent à bloquer la production des molécules favorisant les tumeurs ou à augmenter celle des molécules protectrices comme la dendrogénine A, de nouvelles stratégies thérapeutiques pourraient voir le jour. Certains médicaments déjà utilisés en médecine interagissent d’ailleurs avec les enzymes impliquées dans ces mécanismes, ouvrant la voie à de futures recherches sur leur potentiel dans la prévention ou le traitement de certaines maladies.
L’alimentation aussi concernée
Autre élément surprenant : ces composés ne proviennent pas uniquement de notre métabolisme. Ils peuvent également être présents dans certains aliments. Lors de la cuisson, du stockage prolongé ou de certains procédés industriels, le cholestérol contenu dans les aliments peut subir certaines de ces transformations. Ces dérivés sont ensuite absorbés par l’organisme après ingestion. Les chercheurs estiment toutefois que leur impact réel sur la santé reste encore mal connu et mérite des investigations supplémentaires, mais pourraient établire de nouvelles relations entre alimentation transformée et certaines pathologies.
Une nouvelle vision du cholestérol
Cette découverte conduit à revoir profondément notre perception du cholestérol. Bien plus qu’un simple facteur de risque cardiovasculaire, il apparaît désormais comme le point de départ d’un vaste réseau de molécules capables d’orienter le destin des cellules vers la maladie… ou vers la protection des tissus. En définissant pour la première fois la famille des époxycholestanoïdes, les chercheurs toulousains ouvrent un nouveau champ de recherche à la frontière du cancer, du vieillissement, de l’inflammation et de la médecine de précision. Les prochaines années permettront de déterminer si ces découvertes déboucheront sur de nouveaux outils diagnostiques ou sur des traitements innovants contre le cancer et d’autres maladies liées à l’âge.
Source :
Revue scientifique de Buñay et collaborateurs publiée dans Progress in Lipid Research.
5,6-epoxycholestanols metabolism and functions: Defining the epoxycholestanoid (EChA) family. Julio Buñay, Silia Ayadi, Chloe Gressein, Morjane Boudani, Romane Commerçon, Phuong Le, Laly Pucheu, Michel Record, Philippe de Medina, Sandrine Silvente-Poirot, Marc Poirot
Prog Lipid Res. 2026 May 26:102:101386. doi: 10.1016/j.plipres.2026.101386.
