Les lymphocytes T cytotoxiques (CTL) sont des composants cellulaires essentiels dans la réponse immunitaire contre les virus et le cancer. C’est pourquoi il est primordial de mieux comprendre le fonctionnement de ces cellules et en particulier de mieux comprendre comment ces cellules arrivent a tuer les cellules cibles infectées par des virus ou des cellules cancéreuses ou pourquoi ils n’y arrivent pas.

Une mécanisation de cytotoxicité bien connue consiste à former des contacts privilégiés avec les cellules cibles, appelés synapses immunologiques, dans lesquels les cellules CTL déversent des molécules solubles qui perforent la membrane de la cellule cible et permettent la pénétration de molécules toxiques qui tuent la cellule cible.

La présente étude révèle un nouveau mécanisme complémentaire par lequel les CTL peuvent tuer leur cible. Les résultats montrent qu’en plus de la libération de molécules solubles, les cellules CTL peuvent libérer des particules qui contiennent des paquets de molécules perforantes et toxiques protégées par une enveloppe protéique adhésive glycosylée. Ces particules, une fois libérées, peuvent tuer de façon autonome les cellules cibles. Ces paquets lytiques sont donc comme de petites bombes larguées par les CTL pour tuer leurs cibles à distance.
Une meilleure compréhension de ce mécanisme alternatif de libération des molécules cytotoxiques pourrait être utile pour développer des nouvelles stratégies visant à renforcer l’activité des CTL contre les cellules infectées par des virus ou cancéreuses.

Les stratégies d’immunothérapie tumorale basées sur le transfert de cellules cytotoxiques spécifiques d’antigènes tumoraux, tels que les cellules CAR-T, sont très prometteuses. Néanmoins, ces thérapies sont laborieuses et coûteuses et sont, dans certains cas, limitées par l’accessibilité de la tumeur par les cellules cytotoxiques transférées. Les particules d’attaque supramoléculaires décrites dans cette étude pourraient potentiellement être modifiées pour être dirigées contre les tumeurs dans des approches thérapeutiques plus simples et moins coûteuses que le transfert autologue de cellules du patient.

Cette étude fait partie d’une collaboration internationale plus large avec plusieurs groupes de recherche basés au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie. Nous espérons que cette publication donnera un nouvel élan à la collaboration en cours et conduira à des résultats nouveaux et plus importantes.

Découvrir l’article publié :

Science. 2020 May 7.
Supramolecular attack particles are autonomous killing entities released from cytotoxic T cells.
Balint Š, Müller S, Fischer R, Kessler BM, Harkiolaki M, Valitutti S, Dustin ML.

Cette étude est coordonnée par le groupe du professeur M. Dustin au Kennedy Institute of Rheumatology, à l’Université de Oxford, qui a découvert et décrit la structure et la composition des particules d’attaque supramoléculaires (SMAPs).
L’équipe de l’INSERM a collaboré à cette étude en raison de son expérience dans le domaine des lymphocytes T humaines cytotoxiques et des synapses immunologiques.

Mots clés :

  • cellules T cytotoxiques
  • cytotoxicité
  • synapse immunologique
  • immunosurveillance

Contact :

Salvatore Valitutti
équipe 20 CRCT

Mail : salvatore.valitutti@inserm.fr

Une image :

Un CTL non activé par la cellule cible (à gauche) ou activé (à droite) sont montrés. Le CTL activé libère des particules d’attaque supramoléculaires (SMAPs) qui se lient à la cellule cible.